« C’est un long roman d’amitié qui commence… »*

18 Jan

Il y a plein de livres lus qui n’attendent qu’une chose : que je vous en parle (mais bien sûr…) mais celui-ci est le dernier lu et je devais vous en parler vite !!! Parce qu’un livre qui a une telle odeur (et oui j’aime l’odeur de certains livres, moi et la liseuse, on n’est pas encore prête à se rencontrer) et qui dès les premières pages, contient deux fois le mot Insatiable, ne pouvait pas me laisser indifférente…

Effectivement !

Les romans ado en regorgent… (en tout cas, ceux que je lisais !), de ces histoires d’amitié-amour, de ces relations un peu ravageuses, on aime s’inventer une histoire aussi forte, des amitiés pour lesquelles on est prête à tout… 

Mais les romans adultes sont plus rares sur ce sujet, comme si l’amour était le seul grand sentiment. Et pourtant…

L’amitié est souvent réduite, à un sentiment un peu plus fade que l’amour, quelque chose de secondaire ; ce qui est une grave erreur… Car il y a des blessures d’amitié qui ne se referment jamais et qui font souffrir davantage qu’une rupture amoureuse car la fin de l’amour, on y trouve toujours une cause, plus ou moins concrète et puis parfois le fatalisme suffit à admettre l’inéluctable mais une rupture d’amitié est plus incompréhensible, plus difficile à analyser car elle est souvent le reflet d’une évolution, d’un déchirement… Souvent on s’éloigne car l’on grandit différemment, on n’a plus 14-15 ans et cette insouciance et naïveté de croire qu’on sera amie pour la vie (vous l’avez toutes faites : échanger des promesses, des serments, partager ce petit porte clé en forme de cœur qui contenait deux morceaux, non? ) et puis la vie se charge de nous éloigner de ce petit monde,  de nous faire perdre certaines illusions… Alors, oui , on se refait de nouvelles amies, plus proches de nos vies… Mais souvent, on n’oublie pas, ça reste là lancinant quelque part et c’est frustrant de ne pas réussir à mettre des mots sur cette blessure.
C’est exactement de cela que nous parle Kéthévane Davrichewy dans Les séparées

Alice et Cécile, Cécile et Alice… une relation d’amitié fusionnelle, filiale presque, malsaine parfois?  Ce sentiment que sans l’autre, il nous manque quelque chose…Cet alter ego.

Le roman commence en 1981 au jour de la victoire de Mitterrand, mais on bascule vite dans le monde d’aujourd’hui avec des flash back  sur cette relation hors normes. On suit l’évolution de cette amitié, le pourquoi du déchirement et l’absence douloureuse, jamais comblée.

Chaque mot trouve sa place, les silences sont justes et nécessaires. Parfois l’auteur effleure les sentiments et pourtant on les ressent si fort. 

Les personnages ont tous leur place dans le récit, sont tellement humains dans leur faiblesse ou dans leur dureté mais ils existent, ils sont là, tellement vivants qu’on a l’impression d’y reconnaître des visages connus. L’atmosphère est dense, parfois lourde, on ne tombe jamais dans la facilité.

Ce roman a fait remonter pleins de souvenirs en moi, des bons ou des moins bons, des blessures parfois. Je les refermais en me disant que ce livre allait me poursuivre… doucement et de loin, mais il sera là pendant un petit moment…

Je n’ai pris aucun recul pour écrire cette critique car ce roman est brûlant pour moi…et tellement intime…

Ce livre a dû arriver à un moment particulier car j’avais déjà écrit la suite de ma petite histoire et on est un peu dans la même ambiance…

* Toute ressemblance du titre avec une chanson accompagnant mon adolescence n’est pas fortuite!!

Extraits (Je suis totalement fan… le 2ème, j’ai l’impression que c’est écrit pour moi… Bluffant! )

 » On accepte, on provoque l’éloignement, mais les liens qui nous assemblent sont tortueux. »

 » Alice, notre génération n’était pas engagée, disais tu, tu aurais voulu avoir vingt ans en Mai 68 ou avoir connu une guerre comme tes parents. Rien ne nous arrivait jamais, nous cherchions une bataille à mener. Il n’y avait que l’amour, comme dans la chanson de Jacques Brel, nous en avions fait notre inaccessible étoile. Et nous avions la littérature, l’art pour nous élever. Je trouvais que nous accumulions plus de théories sur l’esthétique, que d’émotions? Nous pensions trop, nous parlions trop. Tu voulais aller au fond des choses, disséquer la moindre de nos pensées. Ce fut un tort. »

12 Réponses vers “« C’est un long roman d’amitié qui commence… »*”

  1. Laetii 18 janvier 2012 à 09:52 #

    Ce sujet et ta critique me parlent en ce moment-même, plus que jamais!!! L’éloignement d’une amie, je suis en plein dedans et nous essayons de mettre des mots sur ce qui nous est arrivé. Puisse ce roman m’orienter et m’ouvrir les yeux sur ce qui est en train de nous arriver… Merci pour ce billet, vraiment!!! Bises chère Charlotte!

  2. Leiloona 20 janvier 2012 à 09:08 #

    Aaaaaaaah il me le faut, j’avais adoré son précédent ! Merci ! 😀 J’avais loupé sa parution ! 😉

  3. ogressedeparis 1 février 2012 à 16:24 #

    Merci pour ce partage. ça donne très envie!

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