Des mots, une histoire (2)

16 Déc

Vendredi dernier, je me suis prise au jeu proposé par Olivia… (si vous voulez savoir de quoi je parle, c’est ici!)… Je recommence cette semaine.

La liste de mots est (pas évidente!!!!): mécréant – certificat – douche – bises – givré – gluten – adresse – rafale – tendresse – excuse – bruire – catastrophe – autarcie – perce – vaporeux – rugby – découverte – ivresse – possible – carte – intimité – espiègle – pile – prière – page – licorne – aphrodisiaque

« Elle était fuyante. Elle avait cet air qu’il connaissait si bien qui vous tient éloigné de son monde, qui met un voile entre vous et elle.

Il savait qu’elle était changeante, qu’elle pouvait le couvrir de baisers aphrodisiaques, comme une promesse d’ivresse,  en lui disant combien elle était heureuse, en lui démontrant que le bonheur était une chose simple et la seconde d’après, avoir ce visage fermé, cette attitude absente, qui vous fait l’effet d’une douche froide et qui vous laisse comme pétrifié.

Parfois, elle le cachait, elle faisait semblant, il avait appris à la connaître et lui seul savait déceler cela mais il n’osait pas.. Il n’osait plus.. Il ne tentait plus  de percer cette carapace ; de pénétrer dans son monde, il avait peur de ce qu’elle était capable de dire ou de faire. Alors, il laissait cette distance s’installer, sans tenter de la retenir dans la réalité, dans leur réalité.

Mais, ces derniers temps, elle paraissait différente, cela semblait plus profond. Elle donnait l’impression de mener sa vie comme un robot, à qui l’on voudrait retirer ses piles, sans saveurs, sans imprévus, sans lâcher prise. Elle faisait les choses parce qu’elles s’imposaient.

Il était le spectateur impuissant de ce manège, il était effrayé à l’idée de la provoquer, de la secouer de peur qu’elle ne s’écroule. Elle semblait transparente, si fragile.

Elle était tout pour lui, celle qui avait réussi à le sortir de ses conditionnements, celle qui lui avait donné confiance en la vie, qui lui faisait croire que les lendemains seraient plus beaux.

Alors, il la regardait vivre, lointaine et silencieuse, en attendant le moment où elle lui reviendrait espiègle et amoureuse.

Mais là pour la première fois, il doutait, il se disait que tout était possible. Elle avait un reflet sombre inhabituel, une sensation étrange lui collait à la peau.

Noel approchait… Ils avaient, comme chaque année, acheté les cadeaux mais sans entrain, juste parce qu’il le fallait : un parfum vaporeux pour sa mère, une biographie de Brassens, « le mécréant de Dieu » pour son grand père, un livre de recettes  « Cuisinez givré » pour sa tante,  le petit chef d’œuvre « Inconnu à cette adresse » pour sa grand-mère, une place pour la finale du Top 14 de rugby pour son père et une première édition du Secret de la Licorne pour son cousin.

Elle avait confectionné sa fameuse buche de Noel (sans gluten, sa nièce y était allergique). Mais tout cela avait été fait sans magie, les cadeaux avaient été achetés en rafale, sans flâner, sans prendre le temps de faire de jolies découvertes dans ses magasins fétiches. Elle avançait à pas feutrés, tous ces gestes bruissaient légèrement, comme assourdis, elle était dans son monde, comme en autarcie.

Il était inquiet évidemment mais il n’avait pas songé à la catastrophe qui allait se produire.

Après les bises habituelles que l’on échange le soir de Noel, la remise des cadeaux, la petite prière écrite et lue par son neveu, ils étaient passés à table dans cette effervescente étrange qui anime ces moments. Il se demandait souvent comment les autres fêtaient Noel, il aurait voulu entrer dans l’intimité de ces familles qui se retrouvent ce soir-là avec un état d’esprit particulier, comme si plus rien ne comptait à part ce moment partagé. IL n’avait pas l’habitude de ces rassemblements… Les discussions étaient animées, partaient dans tous les sens, chacun se remémorait des souvenirs. Il regardait ce petit monde avec tendresse.

Il l’avait vu se lever, elle avait dit quelques mots inaudibles, il s’était dit qu’elle se sentait mal mais cela n’avait rien d’inhabituel, elle était sujette à des aigreurs, elle avait cette faiblesse. Elle avait besoin de calme, de repos. Il se disait qu’elle avait envie d’être seule pour respirer un peu.

Mais après un moment sans elle, il s’était levé pour aller la chercher, il ne l’avait trouvé nulle part… ni dans la maison, ni dans le jardin, pas même dans la rue.

Elle reviendrait, elle ne pouvait pas être partie comme cela, sans mots, sans explications, sans excuse

Il était persuadé qu’elle ne pouvait pas agir ainsi et pourtant il doutait… Son sac à mains était là, posé bien sagement dans l’entrée, elle ne pouvait pas être partie sans… Il se décida à l’ouvrir, il n’était pas intrusif, pas méfiant… Ce n’était pas lui mais il fallait qu’il comprenne, qu’il se rassure.

Au premier abord, rien d’anormal : son portefeuille était là, sa carte aussi, son téléphone qu’elle ne quittait jamais… Il chercha, fouilla, retourna ce sac qui devait lui donner des réponses, c’était sa seule solution. Il trouva deux petits carnets, elle en avait toujours sur elle mais il n’avait jamais osé franchir la couverture, n’avait jamais effleuré ces pages… C’était son petit monde à elle. Mais là il allait franchir le pas. Il ouvrit le premier, il était griffonné de pleins de mots dans tous les sens.. Le second était rempli de documents en tout genre : le certificat d’études de son arrière-grand-mère qu’elle gardait toujours sur elle, des pages arrachés d’un magazine, des listes de livres à lire… Il fit tomber une feuille qu’il ramassa : c’était un vulgaire courrier de banque,  de ceux que l’on reçoit et que l’on classe sans regarder, pourquoi est-il dans son sac ?

C’est étrange comme des petites choses peuvent changer une vie, il aurait désormais peur de recevoir ce genre de courrier car ce document allait le mettre à terre, allait le forcer à se rendre compte de l’impensable… Il était écrit qu’elle avait retiré un très grosse somme d’argent en liquide trois jours auparavant.

Elle était partie, elle avait prémédité cela, mais pourquoi le soir de Noel, comme ça, sans crier gare, sans demander de l’air, du temps… Elle était partie…

Il ne pouvait s’y résoudre. »

23 Réponses vers “Des mots, une histoire (2)”

  1. LindaG 16 décembre 2011 à 07:21 #

    Wouah!
    La facilité avec laquelle tu manies les mots me laissera toujours sans voix.
    Et comme pour le dernier texte, j’attends la suite avec impatience.
    Dans quelques temps, tu pourras éditer les textes ensemble et cela formera ton premier roman….
    Bises

    • insatiablecharlotte 16 décembre 2011 à 20:47 #

      Tu es trop gentille MA copine… Je n’ai pas le talent pour un roman… mais c’est gentil!

  2. wens. 16 décembre 2011 à 07:58 #

    Où est-elle? à la semaine prochaine, j’attends la suite.

  3. Little Cat 16 décembre 2011 à 09:21 #

    Il est magnifique ce texte!! La suite la suite la suite! 😉

  4. Clochette 16 décembre 2011 à 09:35 #

    je suis d’accord avec toutes, la suite!!!!

  5. lucie 16 décembre 2011 à 09:52 #

    et bein ! tu les as inséré avec une telle fluidité ces mots ! j’aime ton texte, on appréhende la fin, on présage le pire, bien écrit.

  6. Olivia Billington 16 décembre 2011 à 10:23 #

    Cyclothymique, la demoiselle ?
    De l’argent retiré, partir sans son sac, a-t-elle de nouveaux papiers, s’est-elle créé une nouvelle vie ? Ou peut-être la menait-elle déjà ?…

  7. marlaguette 16 décembre 2011 à 10:49 #

    Il ne la connait pas si bien alors… Mais où est elle partie ? Pourquoi ?
    Envie d’une suite !
    Bravo !

    • insatiablecharlotte 16 décembre 2011 à 20:00 #

      Ah ah… Surprise, surprise… (il faut que je m’y remette car je n’ai pas trop le schéma dans ma tête, ça sort comme ça…)

  8. Ceriat 16 décembre 2011 à 11:56 #

    Nos yeux sont pendus au suspens créé par ton fabuleux texte. 🙂 J’adore. 😀

  9. hurluberlulu 16 décembre 2011 à 20:54 #

    Mamamia, quelle angoisse !

    Mais pourquoi faut-il toujours s’arrêter au moment où…

  10. Valentyne 16 décembre 2011 à 21:21 #

    Au fur et à mesure de la lecture, la tension monte, monte …. Partir sans son sac …. Ne me parait pas bon signe !

  11. claudialucia ma librairie 16 décembre 2011 à 22:47 #

    Et pourquoi le soir de Noël! Si elle veut se suicider , c’est machiavélique de sa part d’attendre ce soir-là! mais non, bien sûr, on ne retire pas de l’argent pour aller se jeter dans un fleuve ou du haut d’un immeublel! Elle est partie! mais où? C’est un agent secret! Elle savait depuis longtemps qu’elle devrait le quitter d’où ses sautes d’humeur? Et sa mission ordonnait qu’elle parte le soir de Noël?

  12. Jean-Charles 17 décembre 2011 à 05:34 #

    Suspens quand tu nous tiens ! Mais c’est pas raisonnable de disparaitre un soir de noël !

  13. Julie Mallauran 17 décembre 2011 à 20:53 #

    Très joli texte. Je suis restée suspendue, redoutant le pire… J’ai hâte de lire la suite !

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