Tant que mon coeur bat, Madeline Roth

23 Nov

Peut on imaginer qualifier Flaubert, Hugo ou Maupassant d’auteurs pour adolescents? Impensable, et pourtant c’est au collège ou au lycée qu’on découvre ses œuvres, au même âge que l’on doit mettre entre les mains de ces êtres en construction (mais ne le sommes nous pas en permanence? ) des récits puissants et sans filtres, dans leurs mains et dans les nôtres d’adultes, tant il n’y a finalement qu’une sorte de grande littérature.

A y réfléchir, la littérature que l’on qualifie pour adolescents est peut-être le terrain de jeu le plus libre de la littérature, celui où ne sortent que des romans sans artifices, impossible de tricher avec un public dont les émotions sont exacerbées, qui semblent vivre à 200%, là où devenus adultes, le fade parfois suffit. Impossible de les prendre dans le sens du poil , pas de raison de les bercer ou de leur servir des illusions sans lendemain, mais leur livrer la violence des sentiments, la dureté des épreuves, voilà ce à quoi s’attache la littérature « pour adolescents ». Si le même précepte pouvait être servi à la littérature adulte, nul doute que nombre de publications ne verraient pas le jour mais que d’autres sans boniments seraient déposés à nos pieds, pour secouer les tripes et les êtres. 

Il aura fallu un des ces romans pour redonner envie de lire (oui, moi ; pendant un mois et demi, il m’était impossible d’ouvrir un livre sans le refermer, sans envie, lasse), et au détour d’une librairie jeunesse dans laquelle je me réfugiais pour continuer à sentir l’odeur des livres, j’ai craqué sur cette couverture, avec comme gage de qualité, Thierry Magnier éditions.

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Deux histoires d’amour, deux perditions par l’amour, celle de Bastien et d’Esra et celle de Laura et Cyril. Des parcours de vie déchirés, des êtres trop incandescents pour cette vie, et cette certitude qu’un amour ne ressemble à aucun autre, qu’on le reçoit comme on peut et comme on est, qu’on l’éprouve avec nos bagages. 

Le tout conté par des mots choisis avec un talent fou, des mots qui cognent et qui résonnent, qui accrochent les tripes. Des mot à leur juste place, ceux que l’on recopie tant ils parlent, ils racontent qui nous sommes, dans les extrêmes, dans les retranchements.

Pour certains, il faut des centaines de pages pour asseoir des personnages et des histoires d’amour, pour Madeline Roth, quelques lignes suffisent à incarner ceux que l’on touche du doigt, ceux que l’on voit aimer à perdre raison et pied.

Un roman qui longtemps vous accompagne, et le souvenir d’Esra aussi.

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« Vous parler d’Esra ? Combien d’heures vous avez devant vous ? Combien de nuits ? Esra, c’est du silence. En tout cas, les mots pour la dire, je ne les ai pas. Vous connaissez des gens qui ont des tempêtes dans le ventre ? «

« Il n’a jamais connu quelqu’un qui aimait le vide comme elle.  Mais peut être trop que ce sont justement ces gens là –ceux qui aiment trop, qui se brulent, qui tombent- qui aiment le plus la vie, non ? «

 « Esra n’a pas envie de mourir. Elle ne sait pas vivre, c’est tout. C’est tout et ce n’est pas la même chose. »

Le syndrome de la vitre étoilée, Sophie Adriansen

16 Nov

Le choix d’avoir ou non un enfant est l’une des questions les plus intimes, et par un paradoxe fort, la question que tout le monde pose, le jour d’un mariage, lors d’un dîner ; sans précautions, sans se dire que l’on touche au cœur du couple et au cœur de chaque être, dans son rapport à l’autre, à la vie, à l’envie de vie. La question dont la société s’empare aussi, imposant ses règles et ses codes.

C’est avec intelligence et originalité que Sophie Adriansen s’approprie cette question dans son roman, le syndrome de la vitre étoilée.

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Le point de départ du roman :  un couple ensemble depuis dix ans doit recourir à la procréation médicalement assistée pour concevoir un enfant. Si le roman s’arrêtait là, on serait dans le témoignage, touchant mais ne posant que la question du tout pour avoir un enfant. En insérant des extraits de chansons, de livres, des news, comme on le ferait dans un carnet que l’on traînerait avec soi pour noter ce qu’on entend ou voit, Sophie Adriansen donne à ce roman une densité inattendue, le pose comme un livre universel, et surtout interroge la femme en premier lieu, mais le couple aussi sur ce à quoi le désir d’enfant renvoie, sur la construction de soi par ce que l’on veut donner comme sens à sa traversée du monde, sur ces cheminements et questionnements qui font de nous des êtres humains, vivants, vibrants et hésitants.

Etre femme, être mère, être libre, tant de combinaisons à faire, tant de personnes à être, sans que l’une ne prenne le pas sur l’autre, sans que l’une dépende de l’autre.

C’est à la naissance d’une femme que l’on assiste dans ce roman, avec des élans fous de liberté, des moments de doute et au final le sourire d’avancer et de grandir. Plus que la question de l’enfant, il pose la question de qui on décide d’être.

Un roman que l’on ouvre avec légèreté et dont on ressort avec des images à garder, l’envie de le chérir et une envie de liberté sans pareil.

«Vous n’êtes pas nombreux. Plus que je vois les gens, plus je les trouve laides, et plus je vous trouve beaux, vous mes précieux. Qui tenez sur les doigts de deux mains. C’est tellement rare, cette beauté-là. »

« Nous allons détricoter ce que nous avons mis une décennie à tricoter mais il en restera toujours quelque chose. Une boule de chaleur dans le cœur. »

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Julie Estève

3 Nov

En lisant Moro Sphinx, on est dérouté par l’avidité de ce roman, par cette écriture si claquante, qui lape les mots pour les recracher dans ce qu’ils ont de plus forts, pour donner corps à une obsession, à cette jeune femme en quête d’amour, en quête de tout finalement, en perdition dans un monde trop grand, trop codé, dont on voudrait aisément la mettre en marge.

En lisant Moro Sphinx, on se dit surtout que l’on est face à un nouveau talent, une écriture singulière que Julie Estève manie avec brio dès son premier roman. Parce que l’histoire est ciselée, la maitrise parfaite, le trait assuré, et cette fièvre qui instille tout le roman, comme on mettrait en scène une addiction pour que tous les sens soient en alerte.

En lisant Moro Sphinx, on sait que l’on se souviendra de la moiteur, de l’odeur et de ce bruit de grincement qu’il provoque parfois, on se souvient d’une émotion, d’une ambiance, d’un monde recréé des mois après sa lecture.

Julie Estève a accepté de répondre avec autant de ferveur et de fièvre aux questions des premières fois et nous fera l’honneur de sa présence le vendredi 9 décembre prochain à la soirée parisienne des 68 premières fois.

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Ecrire, à quoi ça sert ?

À arracher à sa nuit un langage qui dort. À le sortir du silence, des oubliettes. Écrire, c’est descendre à la cave, regarder ce que l’on a accumulé, planqué, mis sous clé, et accepter de mettre ça dehors, de jeter ses obsessions au grand air, dans la musique des mots. J’écris peut-être pour vider les lieux, faire une place à l’oubli. J’écris sans doute pour ne plus avoir peur.

Le meilleur compagnon de l’auteur ?

Ils sont toute une bande qui se chamaille, la solitude cherchant le bruit du monde et la liberté à faire taire les doutes. Et aussi : du café, beaucoup de café, et des boules quies.

Son pire ennemi ?

Les portes qui ne ferment pas.

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Une manie d’écriture ?

Une réécriture obsessive. Impossible de laisser derrière moi des phrases mal aimées, des phrases que je juge moches, molles, mièvres. Je revois le texte en permanence, je le relis, des centaines de fois, comme une dingue, et j’avance, vraiment, en petites foulées.

De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

L’écriture ne sauve de rien, et personne mais elle retient tout ce qui peut disparaître, fixe ce qui est déjà perdu.

Comment construit-on un roman ? Son point de départ : Un plan, un message à faire passer, une obsession ?

Je n’en ai aucune idée. J’ai imaginé mon premier roman comme un looping, un boomerang, sans plan, à l’instinct, avec tout un tas d’obsessions, très concentrée sur la phrase. Une phrase qui suit le bruit des talons de Lola sur les trottoirs. Une phrase qui donnerait le tempo et une tension au texte. J’ai construit ce livre sur le rythme, la cadence du personnage, en essayant de tenir la note.

Combien de textes proposés avant ce premier roman publié ?

Un seul, Moro-sphinx, envoyé par la poste. Manuel Carcassonne, le directeur de chez Stock, m’a appelée un lundi de décembre, vers onze heures. Il m’a fait retravailler le texte, il m’a fait confiance. Être dans cette maison, avec cette équipe, est une joie immense.

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Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Tenir entre ses mains quelque chose qui ne vous appartient plus.

Définissez-vous par :

une œuvre d’art : quelque part entre Les masques (Giorgio di Chirico), Milky Way (Peter Doig), La nuit (Claude Lévêque), et les Spirit girls de Marnie Weber.

un mot : encore

une première fois : Me jeter dans la mer est toujours une première fois

Citez trois ouvrages fondateurs

L’Ombilic des limbes, Artaud

La Vie devant soi, Ajar

Voyage au bout de la nuit, Céline

Peste & Choléra, Deville (il n’est pas fondateur mais quelle aventure avec la langue !)

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Le dernier roman qui vous a étonné

Il fait partie des 68 premières fois ! Le Grand marin de Catherine Poulain.

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Si on parlait écriture et premières fois avec Stéphanie Dupays ?

25 Oct

Stéphanie Dupays a publié en janvier dernier son premier roman, Brillante aux éditions Mercure de France, un roman passionnant, grinçant et habilement mené sur le monde du travail et la déchéance qu’il peut entraîner, sur l’addiction finalement aux codes imposés par la société pour ce travail, au cœur de nos vies désormais.

Elle revient sur l’écriture de ce roman, sur la première fois et sur ses lectures marquantes.

Stéphanie Dupays sera présente à la soirée organisée en décembre par les 68 premières fois, pour fêter cette (si délicieuse) cuvée 2016!

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Ecrire, à quoi ça sert ?

A montrer le réel, et la condition de l’homme (ou de la femme) au travail en est une dimension importante.

A donner une forme à des questionnements, des obsessions.

Il y a aussi une jouissance à trouver l’expression juste et à saisir en mots l’impression fuyante. Mais si j’attache un soin particulier (voire obsessionnel) à la précision du style, au rythme et à la façon dont sonne le texte, je ne suis pas très « l’art pour l’art ».

Le meilleur compagnon de l’auteur ?

L’esprit critique.

Son pire ennemi ?

L’à-quoi-bonisme.

Une manie d’écriture ?

Elaguer.

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De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

 Je ne partage pas cette mystique du salut par l’écriture, même si dans le cas d’histoires traumatiques, la mise en récit peut aider : si elle ne fait pas disparaître la souffrance on en est moins altéré. Mais ceci ne relève pas nécessairement de la littérature. Et à dire vrai, je pense que c’est moins l’écrire ou le dire qui sauve que le fait d’être réellement écouté, compris et entend.

Je n’écris pas au bord du gouffre, ou « au fond du trou » ; il faut à l’inverse aller plutôt bien pour écrire car il faut un élan, un désir. Bien sûr l’écriture a un effet refuge, mais la lecture avec un bol de thé fumant aussi tout en étant plus agréable.

 Comment construit-on un roman ? Son point de départ : Un plan, un message à faire passer, une obsession ?

Au départ, il faut un choc, une colère, un sentiment suffisamment fort pour vous pousser à vous enfermer devant votre ordinateur quand tant de choses ou d’êtres vous attirent ailleurs : tous les livres pas encore lus, les films à voir, les cafés avec des amis… Il faut qu’une parole, une situation, un sentiment fasse effraction, remue quelque chose, pousse à penser et donne envie de construire une histoire pour déplier ce choc premier. A l’origine de « Brillante » par exemple, il y a eu une sensibilité à la violence du monde du travail. Ecrire est un moyen de mettre au jour cette violence sociale et de lui rendre quelques coups. A partir de là, pour moi ce 1er roman s’est construit dans le chaos. Je ne savais pas bien comment m’y prendre. « Ca » s’est fait un peu à mon insu, du moins il y a une part non maîtrisée et non prévue qui surgit dans le travail.

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Combien de textes proposés avant ce premier roman publié ?

Aucun.

Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

J’ai eu le livre entre les mains pour la première fois début décembre 2015 (il est sorti en janvier 2016), j’étais anesthésiée par plusieurs événements personnels et collectifs (un deuil, le choc du 13 novembre…). Entre le moment où j’ai rendu le manuscrit en septembre et celui où j’ai vu pour la première fois mon livre, le monde dans lequel je vivais avait irrémédiablement changé. Ce livre semblait irréel. C’est plutôt quand j’ai entendu lire à haute voix « Brillante » pour la première fois lors de la soirée de lancement fin janvier à Paris que j’ai été pleinement heureuse et rassurée sur la qualité du texte, et que, paradoxalement, la réalité du livre en tant qu’objet m’est apparue.

Définissez-vous par :

            – une œuvre d’art : La sonate Arpeggione de Schubert : il y a quelque chose d’érotique dans la façon dont le piano et le violoncelle se poursuivent, se répondent, se fuient…

            – un mot : insatiable (si je peux me permettre l’emprunt) ;

            – une première fois : la première rencontre avec des lecteurs.

Citez trois ouvrages fondateurs

« Le cercle fermé » de Jonathan Coe pour sa capacité à s’emparer de l’histoire récente (les années Blair), sans équivalent français ;

« Voyage au bout de la nuit » de Céline, pour le style ;

« Les liaisons dangereuses » de Choderlos de Laclos pour la mécanique implacable.

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Le dernier roman qui vous a étonné

J’ai retrouvé par hasard cet été au fond de la bibliothèque de mes parents un Sagan dans une vieille édition de club de lecture « Les merveilleux nuages » et j’avais oublié que c’était si bien. Sous une apparence de légèreté, d’extrême fluidité, on y trouve une grande acuité psychologique. Ca m’a donné envie de lire ou relire toute son œuvre.

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Si on parlait écriture avec Colombe Boncenne ?

18 Oct

Colombe Boncenne livre, avec Comme neige, le plus facétieux roman de la sélection des 68 premières fois, une enquête littéraire intelligente et drôle, qui convoque le lien entre le lecteur et l’auteur, le réel et l’imaginaire, avec une érudition folle. Ses réponses au questionnaire des 68 est tout aussi délicat et drôle que son roman.

Elle nous a fait le bonheur de participer à la rencontre organisée par les 68 premières fois à l’occasion du salon du livre du Mans, on a découvert en sus d’une auteur de talent, une jeune femme pétillante et terriblement attachante. Si vous voulez en savoir plus sur cette rencontre, Nicole du blog Mots pour mots et Sabine du Carré jaune vous le content à merveille; moi c’était tellement doux, bienveillant, fort et doux, et beau et tendre, et doux,  et tout cela et bien plus que je n’ai pas encore trouvé les mots! (Il y a des premières fois que l’on veut garder pour soi…).

Je vous laisse en compagnie de Colombe Boncenne! (que vous pourrez retrouver, en train de jouer au frisbee (private joke) à la soirée organisée par les 68 à Paris le 9 décembre prochain!

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Ecrire, à quoi ça sert ?

Se souvenir – des courses à faire, d’une idée de roman, d’une amitié, d’un amour, d’un bon mot, d’une émotion…

Le meilleur compagnon de l’auteur ?

Le sien.

Son pire ennemi ?

Son compagnon.

Une manie d’écriture ?

Pomme S.

De quoi l’écriture doit elle sauver? (extrait Ecrire, Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

De l’oubli – le liquide vaisselle, une idée de roman, un amour, une amitié, un bon mot, une émotion…

Comment construit-on un roman ? Son point de départ : Un plan, un message à faire passer, une obsession ?

C’est bien parce que je n’ai aucune réponse à cette question que mon deuxième roman est encore, à cette date, un joyeux bordel.

Combien de textes proposés avant ce premier roman publié ?

Aucun.

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Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Pour ce qui me concerne, j’ai eu un sentiment de grande altérité – ce n’était pas le livre de quelqu’un d’autre, mais je n’avais pas l’impression qu’il m’appartenait pour autant.

Définissez-vous par :

– une oeuvre d’art : … (je sèche, je change d’avis tous les jours.)

– un mot : « et »

– une première fois : la première fois que l’on m’a posé cette question

Citez trois ouvrages fondateurs

Toute forme d’annuaire.

Madame Bovary de Flaubert (que je n’ai jamais lu)

Neige noire d’Emilien Petit (publié sous le pseudonyme Constantin Caillaud)

Le dernier roman qui vous a étonné

Le dernier roman de Félicien Marbeuf

Grand merci à Sabine du blog Carré Jaune pour ce nouveau visuel!

Si on parlait écriture avec Rachel Khan? (68 premières fois)

30 Sep

Rachel khan a offert, en janvier dernier avec Les grandes et les petites choses, l’un des plus premiers romans les plus tendres et doux, de ceux qui donnent envie de sourire et de vivre pleinement. Rachel Khan sera présente au salon du Mans notamment pour la rencontre organisée par les 68 premières fois le dimanche 9 octobre au Mans, et nous parle écriture sur le blog!

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Ecrire, à quoi ça sert ? 

S’offrir au monde. Souvent nos idées, nos histoires intérieures, nos rêveries restent englouti au fond de nous, dans le meilleur des cas nous les partageons vite fait entre amis. Ecrire s’est s’inscrire dans un temps long pour offrir nos pensées, nos idées et à travers elles des sensations aux lecteurs. C’est aussi en tant qu’auteure se faire un point entre le monde et soi-même, se redéfinir (même si on ne parle pas de soi au sens propre dans le livre), c’est redéfinir les contours de nos pensées pas des mots. Donc l’écriture, comme la lecture permettent de renaitre au monde par des histoires renouvelées et par ricochet des actions nouvelles.

Le meilleur compagnon de l’auteur ?

Le chat. Celui qui vous réveille tôt en grattant à la porte et vous sort du lit pour écrire. Celui qui se couche sur les touches de l’ordinateur alors que très justement vous êtes dans une impatience, que vous pensez avoir trouvé le mot juste, la phrase parfaite… le chat qui empêche, donc qui crée l’envie irrésistible d‘écrire. Il avait raison de me faire attendre, la phrase est plus jolie ainsi. Celui qui joue avec vos stylos  comme s’il avait compris que l’encre qui est dedans était un trésor. Celui qui reste stoïque, qui règne sur votre bureau en connexion mystique avec votre histoire et qui en connaît tous les personnages. Je me suis persuadée de l’existence d’un code de communication entre Nana et moi : elle valide, approuve certaines directions de la narration et sait aussi me détourner des idées pas terribles.

Son pire ennemi ? 15h, l’heure de la sieste…

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Une manie d’écriture ? 

Le matin à l’aube, avec mon vieux gros pull bleu doudou.

De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

De l’inaction, de l’absence de courage, de la malhonnêteté, de la fourberie, des injustices, des mots de vide de sens, de tout ce qui, pour le clin d’œil à Marguerite Duras, nous a amenés politiquement au fond du trou …

Comment construit-on un roman ? Son point de départ : Un plan,  un message à faire passer, une obsession ? 

Très précisément les trois. Mais dans l’ordre je dirais le message, l’obsession puis le plan.

Combien de textes proposés avant ce premier roman publié ?

C’est le premier texte que j’ai proposé … donc une « toute toute » première fois !

Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Irréel. J’étais convaincue que je n’avais pas écrit ce livre. A la soirée de lancement, je me disais « Roo tous ces gens qui sont venus et qui pense que c’est moi qui ait écrit. Il faut que je leur dise que je n’ai rien avoir avec tout ça, qu’il y a eu un quiproquo…bon j’attends 5 min, le temps que tout le monde soit là. » Mais comme il manquait toujours quelqu’un j’ai rien dit et finalement j’ai accepté.

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Définissez-vous par :

une œuvre d’art : Le baiser. Gustav Klimt 1916-1918

un mot : ancrée (encrée)

une première fois : je me souviens du jour où j’ai marché pour la première fois. C’était à la crèche et le sol était gris, ma marraine était venue me chercher et il y avait plein de dames autour de mois qui avaient l’air content, mais je ne comprenais pas pourquoi.

Citez trois ouvrages fondateurs

Une vie de Maupassant

Le livre de ma Mère Albert Cohen

Gros Câlin Emile Ajar

Le dernier roman qui vous a étonné

Charlotte (un joli prénom !) de David Foenkinos

Grand merci à Sabine du blog Carré Jaune pour ce nouveau visuel!

 

 

Hiver à Sokcho, Elisa Shua Dusapin (68 premières fois)

19 Sep

Hiver à Sokcho a la délicatesse d’un conte, de ces histoires que l’on aurait envie de murmurer pour ne pas les abimer.

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Et la douceur, loin d’empêcher la puissance, la révèle dans son essence ; de cette rencontre de deux êtres au bord du monde, une jeune franco-coréenne rêvant d’ailleurs mais se soumettant au devoir de rester près de sa mère, travaillant dans cette vieille pension à laquelle Yan vient frapper, auteur de bande dessinée en mal d’inspiration. D’une rencontre, il est toujours question dans un roman, mais dans celui-ci, la pudeur est de mise, on s’attache à ces deux êtres, que l’on voudrait éteindre tant on les sent fragiles, à en avoir peur du corps de l’autre. Une rencontre certes, mais pas que, dans hiver à Sokcho, il y a des sons et des odeurs, iil y a ce qui fait les souvenirs, les petites choses qui donnent de l’importance aux grandes, qui font se rappeler de ces instants. Il y a le ressenti, plus que le dit. Il y a le monde dans son humanité, fragile et multiple, solitaire surtout.

Il y a surtout une plume au plus près de la vérité des êtres, sans fioritures ni figures de style, qui s’emploie au strict nécessaire, comme pour se rapprocher au plus près de ce que doit être la vie. Il est infiniment touchant ce roman, de celui qui laisse un baume sur le cœur, et que l’on voudrait garder près de soi comme une couverture pour les jours de grand froid ou encore Amélie  » « Hiver à Sokcho » est un livre lumineux, dépaysant et tout en sensibilité, écrit par une jeune auteure franco-coréenne de… 24 ans. Chapeau bas. » ou Muriel ‘Un premier roman troublant, original. Une découverte, celle de l’autre, de sa culture, de son monde si différent ou règne aussi une atmosphère mélancolique. « 

Il est bon de voir que des romans peuvent être doux et fins, tendres et intelligents.

Hiver à Sokcho fait partie de la nouvelle sélection des 68 premières fois et a déjà séduite des lecteurs! Retrouvez l’ avis du Carré jaune, ou encore Amélie  » « Hiver à Sokcho » est un livre lumineux, dépaysant et tout en sensibilité, écrit par une jeune auteure franco-coréenne de… 24 ans. Chapeau bas. » ou Muriel ‘Un premier roman troublant, original. Une découverte, celle de l’autre, de sa culture, de son monde si différent ou règne aussi une atmosphère mélancolique. « 

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